Un signal d’alarme pour l’Europe

Si dans les années 80 et 90, le monde a principalement changé grâce aux évolutions politiques et culturelles, ce sont les innovations technologiques qui sont aujourd’hui le moteur des impressionnantes évolutions sociales, politiques et économiques. Face aux avancées technologiques aux États-Unis, en Asie et dans une partie du Moyen-Orient, l’Europe doit accélérer la cadence, rattraper son retard et raviver son ambition de façonner le monde numérique : notre politique d’innovation déterminera la façon dont nous pourrons garantir la pérennité de notre mode de vie européen.

L’Europe dispose d’un atout considérable en matière d’innovation

Nos valeurs nous permettront de surfer sur la prochaine vague d’innovations. La stabilité politique et l’économie sociale de marché de l’Europe sont des atouts importants et nous donnent un avantage concurrentiel exceptionnel. Cela nous permettra d’être au cœur de la prochaine période de transformation numérique. Notre continent a maintenant une occasion unique d’écrire le prochain chapitre de la révolution numérique : au cours des prochaines années, les nouvelles technologies transformeront en profondeur les industries traditionnelles et feront partie du quotidien de tous, bien au-delà de nos seules habitudes de communication. La prochaine vague numérique n’est pas qu’une affaire de compétences informatiques et de nouveaux modèles commerciaux : sa réussite dépendra de notre capacité à comprendre comment intégrer l’innovation dans notre quotidien. L’Europe est la mieux placée pour relever ce défi car notre mode de vie européen fait la différence par : nos valeurs, notre économie sociale de marché, notre potentiel créatif et notre stabilité politique, mais également nos industries, nos capacités de recherche, nos systèmes d’enseignement et le pouvoir de nos consommateurs.

Le mode de vie européen définira l’ère numérique

L’innovation est depuis toujours inscrite dans l’ADN européen : il faut que les Européens rêvent à nouveau d’une Europe qui soit le moteur de l’innovation mondiale. La prospérité de nos sociétés européennes et notre sécurité sociale future dépendent en grande partie de l’innovation.

L’Europe doit retrouver son goût de l’innovation: nous comptons des millions de start-ups, de PME, d’industries et de jeunes entrepreneurs, chercheurs et étudiants prêts à jouer un rôle, pour peu que nous mettions en place les conditions et les incitations qui leur permettront de rester en Europe et de s’y développer.

L’Europe peut créer un environnement propice à l’innovation, conduit par nos valeurs et non dirigé par des géants de la technologie ou des puissances autoritaires, car elle choisit une voie équilibrée. Et parce que la voie de l’Europe est également juste, nous devons réduire l’écart entre les régions les plus avancées et celles qui s'efforcent de rattraper leur retard.

L’Europe est à l’écoute et répond aux inquiétudes de ses citoyens : l’innovation n’est pas qu’une affaire de commerce. La politique a le devoir de créer les bonnes conditions pour que les entreprises fassent le choix de l’innovation, mais elle doit également anticiper et contrebalancer son impact sur les citoyens et les sociétés.

Nous devons créer une Union européenne de l’innovation qui (1) améliore le quotidien des citoyens, (2) prépare nos citoyens, nos industries et nos chercheurs à la prochaine vague numérique, (3) garantisse à chacun l’accès aux possibilités numériques pour sa propre vie, (4) bénéficie de financements ambitieux.

(1) Nous croyons que l'innovation peut améliorer le quotidien de nos citoyens

  • Stimuler l’innovation demande de restaurer la confiance des citoyens en un cyberespace sûr :
    • En créant de nouveaux centres européens de recherche en cybersécurité;
    • En garantissant la mise à jour constante de normes de sécurité élevées pour les infrastructures critiques (centrales électriques, stations de traitement de l’eau) grâce à la révision de la directive sur la sécurité des réseaux et de l'information (SRI) ;
    • En créant une cyberbrigade européenne pour montrer que nous sommes équipés pour nous défendre sur la base de notre savoir-faire.
  • Stimuler l’innovation signifie mener une nouvelle offensive dans des secteurs de pointe pour construire une économie fondée sur les données et créer le prochain « Airbus » :
    • Pour la santé (par exemple, des projets pour guérir le cancer ou la maladie d’Alzheimer) :  prendre l’initiative s’agissant d’intelligence artificielle et d’apprentissage automatique (nouveaux « laboratoires » européens), permettre des soins de santé personnalisés grâce à des applications de mégadonnées assorties de toutes les mesures nécessaires de protection des données ;
    • Pour la mobilité : mettre en place des systèmes de transport intelligents coopératifs (STI-C) comprenant des routes intelligentes et une meilleure intermodalité et connectivité, instaurer la conduite autonome et semi-autonome, encourager un plus grand nombre de véhicules électriques et d’autres solutions à faible taux d’émission telles que les piles à combustible ;
    • Pour le logement : réduire les coûts de construction grâce à l’architecture numérique, économiser de l’énergie avec des maisons connectées, réguler la circulation et anticiper le développement de quartier par l’aménagement urbain, promouvoir le concept des villes et villages intelligents;
    • Pour la stratégie spatiale : créer des alertes précoces pour les catastrophes naturelles, cartographier par satellite les sécheresses à l’échelle mondiale, la qualité des sols et le changement d’affectation des terres, faciliter les opérations de sauvetage, cartographier les incendies de forêt, améliorer la navigation routière, faciliter le contrôle des frontières, et renforcer la communication ;
    • Pour l’énergie : utiliser des technologies énergétiques propres pour atteindre les objectifs climatiques et énergétiques, par exemple un biogaz écologique innovant issu du traitement du fumier.
  • Stimuler l’innovation signifie également revitaliser les secteurs essentiels à notre qualité de vie :
    • Pour la production agricole : utiliser la robotique et les technologies de précision et de cartographie pour réduire l’usage des pesticides, exploiter les mégadonnées pour surveiller et identifier les maladies animales, l’utilisation d’engrais et les carences des plantes, déployer l’accès internet à haut débit dans les zones rurales, traiter le fumier de façon innovante pour produire des concentrés minéraux de haute qualité comme substituts durables aux engrais minéraux;
    • Pour améliorer les conditions de travail : favoriser le télétravail et la mobilité professionnelle ;
    • Pour l’accès intelligent aux services depuis le domicile : faciliter la télémédecine et la santé en ligne ;
    • Pour améliorer les possibilités des citoyens en situation de handicap à accéder au marché du travail et à participer pleinement à la société.
  • Stimuler l’innovation signifie mieux protéger notre diversité culturelle et notre identité créative européennes :
    • En promouvant la création d’un « Netflix » européen ;
    • En créant une bibliothèque numérique européenne ;
    • En investissant dans les secteurs de la culture et de la création en Europe et en libérant le potentiel méconnu de la numérisation dans ces secteurs.

(2) Nous voulons préparer l’Europe à la prochaine vague d’innovation

  • Établir le bon cadre – parce que nous représentons un marché de 500 millions de consommateurs, nous pouvons imposer nos règles, nos valeurs et nos normes :
    • En approfondissant le marché unique du numérique, pour mettre fin à la fragmentation et créer un marché à très grande échelle ;
    • En instaurant une plateforme européenne de données ouvertes et la libre circulation des données dans toute l’Europe pour les grandes entreprises et les start-up ;
    • En créant une plateforme de données et un Nuage scientifique ouvert européen ;
    • En garantissant la confidentialité et la sécurité des données, pour renforcer la confiance dans l’écosystème numérique ;
    • En lançant une offensive de numérisation dans les PME ;
    • En améliorant l’accès aux marchés financiers pour les investissements intelligents ;
    • En facilitant la transition du laboratoire au marché – trop souvent, de nouvelles innovations ne peuvent être commercialisées ;
    • En promouvant le prix de la Capitale européenne de l’innovation et le prix européen des femmes innovatrices ;
    • En promouvant le prix StartUp Europe pour l’innovation.
  • Garantir l'accès à la technologie et mettre en place l’infrastructure adéquate sera la clé pour assurer la cohésion de l’UE :
    • L'Europe doit saisir les opportunités offertes par « l’internet des objets », les mégadonnées, les chaînes de blocs et les logiciels d’applications ;
    • Il faut renouveler et améliorer le programme Horizon 2020 sur la base de nouvelles règles et de la valeur des idées, pour mettre en place une procédure simple et juste ;
    • Les États membres doivent atteindre leur objectif de 3 % du PIB pour la recherche et l’innovation ;
    • Il faut faire de la méthode de spécialisation intelligente le modèle par défaut pour la politique de cohésion post-2020 ;
    • Lancer un plan d’investissement 4.0 (faisant suite au plan Juncker);
    • Développer et utiliser les technologies du langage humain pour permettre un marché unique numérique multilingue ;
    • Améliorer la communication grâce à WiFi4EU, aux réseaux à très haut débit, à la détermination de fréquences, au développement de technologies quantiques et à la 5G ;
    • Créer des supercalculateurs et des infrastructures en ligne dans chaque région (par exemple pour l’exploration de données) ;
    • Établir un réseau européen des jeunes entreprises – « Erasmus 4.0 » ;
    • Encourager la poursuite et l’élargissement de la spécialisation intelligente (par exemple l’initiative Vanguard) pour les régions et poursuivre les partenariats d'innovation européens pour des villes et communautés intelligentes.
  • Faire correspondre les qualifications et les opportunités et susciter le retour de nos TALENTS :
    • En intégrant l’apprentissage et l’habileté numériques du plus jeune âge jusqu’à l’université, y compris pour la formation professionnelle ;
    • En créant des « camps de vacances numériques » parrainés par des entreprises ;
    • En instaurant une université européenne de l’innovation ; en renforçant les réseaux de jeunes innovateurs et chefs d’entreprises, par exemple grâce aux communautés de la connaissance et de l’innovation de l’EIT ;
    • En coordonnant des programmes de master et de recherches postdoctorales, un Erasmus post-diplôme numérique ;
    • En formant un groupe de réflexion sur l’internet (« IUE 4.0 ») ;
    • En fondant une académie européenne de la connaissance et de l’innovation – une plateforme de recherche sur les compétences numériques ;
    • En encourageant les « sciences citoyennes » ;
    • En intégrant la technologie dans la formation des jeunes agriculteurs afin de faire progresser l’innovation.
  • Créer une économie sociale de marché numérique :
    • L’innovation offre également de nouvelles opportunités d’emplois – nous devons encourager les nouveaux modèles commerciaux qui créent de nouveaux emplois, tout en préservant les normes sociales dans l’économie numérique ;
    • Protéger nos travailleurs contre le dumping déloyal avec des accords de libre-échange ;
    • Mieux adapter les compétences de chacun aux évolutions du marché du travail grâce à la formation professionnelle tout au long de la vie ;
    • Développer de nouveaux modèles de conditions de travail pour améliorer l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée à l’ère numérique ;
    • Garantir, au moyen d’un nouveau cadre pour des plateformes numériques, que les pratiques commerciales déloyales prohibées dans le monde analogique soient également bannies du monde virtuel.

(3) Nous voulons que chaque citoyen fasse partie de l’Union de l’innovation

  • Renforcer la démocratie numérique participative (consultations, participation aux processus de décision, etc.) ;
  • Instaurer le vote électronique aux élections européennes (phase de test en 2019)
  • Promouvoir l’administration sans papier (modèle estonien) ;
  • Réduire de 30 % les formalités administratives en simplifiant les procédures et en éliminant les règles qui peuvent être remplacées par la simulation virtuelle ;
  • Communiquer la valeur ajoutée des projets de l’Union européenne (par exemple le projet « Let the stars shine »).

(4) Nous voulons que nos ambitions se traduisent en termes financiers

  • L’innovation doit faire partie de nos grandes priorités dans le prochain CFP (post-2020) et doit être un élément essentiel de son examen à mi-parcours, y compris les résultats du PC9 et des fonds ESI futurs :
    • 120 milliards d’euros devraient être consacrés à la recherche et à l’innovation dans le PC9, accompagnés de 46 millions d’euros provenant de la concentration thématique dans le cadre de la politique de cohésion ;
    • Les règles et procédures d’accès aux financements de l’Union devraient être simplifiées et nous devrions nous montrer innovants dans l’exécution du budget afin d’éviter les lourdeurs administratives ;
    • Il convient de créer des synergies entre les fonds dédiés à la recherche et à l’innovation, les fonds structurels, le FEIS et d’autres instruments financiers ;
  • Nous devrions financer en priorité les meilleurs projets à réelle valeur ajoutée européenne et qui ne peuvent pas être menés au niveau national ou régional ;
  • Les règles concernant les fonds structurels européens devraient permettre une meilleure coopération interrégionale pour l’innovation ;
  • Les programmes de financement et les divers instruments devraient être alignés pour surmonter la phase de la « vallée de la mort » ;
  • Les géants de la technologie doivent contribuer à cette vague d’innovation par le paiement d’une nouvelle taxe d’accès au marché unique numérique de l’Union ;
  • Le secteur privé devrait parrainer des projets à l’impact socialement responsable, tels que des camps de vacances numériques, la formation numérique tout au long de la vie, l’habileté numérique, l’intégration numérique, etc. ;
  • L’accès au capital-risque et aux emprunts devrait être facilité pour les jeunes entreprises et les PME.